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Un gratteux de guitare cornu comme député?Entrevue avec Serge Lavoie, candidat du Parti Rhinocéros dans Bourassa

SergeLavoie_PLD_20131110_004.1000Publié le 17 novembre 2013 sous Actualité, Entrevues, Montréal-Nord
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"(...) toute les rats qui étaient en haut dans… les gratteux de guitares, c’toute des osties de carrés rouges là, toute des artistes, astie de, de, en tout cas, des mangeux de marde (...)"

Vous souvenez-vous de ces propos? Bien sûr, il s'agit de ceux de la policière Stéfanie Trudeau, alias le matricule 728, le soir de l'arrestation musclée de quatre personnes, dont trois musiciens, sur l'avenue Papineau en octobre 2012. Parmi ces derniers se trouvait Serge Lavoie, surnommé Serge 2-8, qui porte aujourd'hui le drapeau du Parti Rhinocéros pour l'élection partielle dans Bourassa. Je l'ai rencontré à la Casa Obscura, l'atelier artistique où a eu lieu la violente intervention policière. C'est en compagnie des deux autres artistes arrêtés il y a un an, Rudi Ochietti et Simon Pagé, ainsi que Jean-Patrick Berthiaume, son agent officiel, que M. Lavoie a répondu à mes questions.
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Décrochage et exclusion des jeunes: les cibles d’un solidaireEntrevue avec Will Prosper, candidat de Québec solidaire dans Bourassa-Sauvé

Publié le 3 septembre 2012 sous Archives du Presse-Gertrude, Entrevues, Montréal-Nord
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Alors que les candidatures vedettes sont généralement l'habitude des gros partis, c'est Québec solidaire qui aura recruté une grosse pointure dans Bourassa-Sauvé, l'ancien fief de Line Beauchamp. Will Prosper, ancien policier de la GRC devenu documentariste, fut dévoilé aux médias par Amir Khadir sur la rue Pelletier, devant le domicile où il a grandi.

Photo: Pierre-Luc Daoust

Will Prosper, candidat de Québec solidaire dans Bourassa-Sauvé

Will Prosper est porte-parole de Montréal-Nord Republik, un collectif qui s'est formé suite au décès du jeune Fredy Villanueva. Collectif centré sur Montréal-Nord, pas de ligne de parti, pas de risque de mettre une organisation dans l'embarras avec un faux pas dans ce monde de la politique de l'image. Pourquoi avoir faut le saut en politique partisane, alors? "Je ne sens pas que j'aie des restrictions, honnêtement. Ce que je faisais avec Montréal-Nord Republik, je peux le faire presque exactement avec Québec solidaire. Les valeurs du parti et du collectif sont relativement similaires. Pas exactement pareilles, mais tellement proches que je n'ai pas besoin de m'empêcher de dire quoi que ce soit."

C'est cette proximité qui a amené M. Prosper à joindre le parti de gauche. "Québec solidaire montre non seulement une ouverture pour traiter des différentes discriminations que certaines personnes vivent ici dans le quartier, mais aussi une compréhension des enjeux sociaux du secteur, deux points que je ne vois pas dans les autres partis. Depuis longtemps, j'ai des affinités avec Québec solidaire. Lors de la première entrevue qui fut offerte à Montréal-Nord Republik, Amir Khadir est venu. Déjà, à ce moment-là, il se reconnaissait dans notre mouvement et sa présence voulait dire beaucoup pour moi. D'ailleurs, même Line Beauchamp ne s'est jamais avancée sur le sujet. Alors cette candidature m'est apparue comme la suite logique de mon implication."

La place de Montréal-Nord dans la lutte étudiante

Bien que les enjeux de la grève étudiante de ce printemps touchent de près les familles et les jeunes de Montréal-Nord, il subsiste une certaine distance entre cette communauté et le mouvement étudiant organisé, explique M. Prosper. "Les différents groupes étudiants qui revendiquent entre autres pour les quartiers défavorisés, on ne les voit jamais dans ces quartiers-là. Je me suis questionné par rapport à ça." C'est cette réflexion qui l'a amené, avec le collectif politique, à embarquer Montréal-Nord dans le mouvement des casseroles. "On l'a fait avec un certain succès, je pourrais dire. Je trouvais cette initiative très importante pour sensibiliser la population car l'éducation est un enjeu qui nous touche particulièrement. Le fait qu'il y ait seulement une personne d'ici sur dix qui va à l'université, c'est un problème et ça restreint les opportunités d'avenir de nos jeunes. Alors je trouvais dommage de ne pas voir le mouvement de ce printemps venir chercher les populations en périphérie de Montréal. Pourtant, elles ont besoin de la gratuité scolaire!"

Photo: Pierre-Luc Daoust

Le mouvement des casseroles s'est emparé de Montréal-Nord en mai dernier, à l'initiative de Montréal-Nord Republik.

Le déclenchement de la campagne électorale sur la base de la grève étudiante a amené une grosse ironie, soit l'absence de l'éducation dans les enjeux électoraux. Une situation que déplore le candidat solidaire. "Alors qu'il y a eu des mois et des mois de manifestations, alors que des centaines de milliers de personnes ont pris les rues, on n'a même pas cru nécessaire d'en parler durant les débats télévisés! Je trouve ça complètement anormal. On a longtemps mentionné que les jeunes sont désintéressés par la politique et les enjeux sociaux, puis la grève nous a démontré tout à fait le contraire! La raison pourquoi on les croit désintéressés, c'est parce qu'on ne vient pas leur parler! Quel parti politique, parmi les trois partis principaux, parle des étudiant, sinon pour parler de coupures budgétaires? À mes yeux, la valeur de l'éducation n'a pas de prix. Je ne veux pas qu'un jeune, ici à Montréal-Nord, dise qu'il n'ira pas à l'école parce que ça coûte trop cher. Aussi, regardez tous les efforts qui sont mis pour avoir des bureaux de votes dans les résidences de personnes âgées alors qu'on ne permet pas le vote dans les cégeps et les universités! Toutes ces mesures envoient comme message qu'on ne veut pas que les jeunes participent à la démocratie, qu'on essaie de placer la population étudiante sur le côté, alors que c'est notre moteur et notre avenir." D'ailleurs, suite à cette démonstration de force que fut la grève, croit-il que les autres partis ont peur de la participation des jeunes? "On a vu que les jeunes veulent vraiment un changement. Ils veulent la fin du néolibéralisme. Ça peut apparaitre comme un changement radical, mais ce qui l'est vraiment, ce sont les actions qu'on nous impose via les politiques du néolibéralisme."

Montréal-Nord: deux portraits, deux réalités sociales

M. Prosper est conscient du fossé social qui existe à Montréal-Nord entre le secteur plus banlieusard et le secteur urbain très dense. Il souhaite s'y attaquer en prenant de front plusieurs problèmes existants. "Tout d'abord, le taux de décrochage. Déjà c'est difficile d'être à Montréal-Nord. L'endroit a une étiquette qui est négative et qui peut ternir un curriculum vitae. Et ça, c'est en plus de l'impact d'un nom d'origine immigrante sur les chances d'embauche. Donc il faut travailler avec les jeunes générations afin qu'elles poursuivent leurs études pour pallier à ce problème. C'est assez ironique, d'ailleurs, de voir le taux de décrochage actuel alors que la dernière députée était la ministre de l'éducation! Ensuite, pour tous les projets réalisés à Montréal-Nord, il devrait y avoir un plancher qui force a y intégrer des gens qui y vivent, que ce soit pour les projets publics ou privés. Un plancher d'embauche locale devrait aussi s'appliquer dans la fonction publique nord-montréalaise. Ainsi on réserverait pour la population locale des emplois stables et non-précaires, ce qui lui manque énormément." Il ajoute vouloir mettre beaucoup d'efforts à la création de places en garderie subventionnée, ce qui ferait d'une pierre trois coups, selon lui. "Le coût moindre de ces places, comparativement aux places privées, aiderait fortement les familles à boucler leur budget. Ensuite, elles représenteront des emplois locaux et permettront aux parents monoparentaux de se trouver de l'emploi plus facilement."

Le Plan vert de Québec solidaire fait aussi partie des propositions que le candidat met de l'avant pour améliorer la qualité de vie de ses concitoyens et concitoyennes. "À l'échelle nationale, ce plan représente 166 000 emplois, mais à notre échelle, il rapprocherait le transport en commun. Présentement, plusieurs personnes mettent plus d'une heure trente pour se rendre au travail, parfois même deux heures. C'est inacceptable. Il faut les aider à se déplacer pour qu'ils et elles aient ensuite le temps pour leurs occupations familiales." M. Prosper cite notamment les projets du métro et du train de banlieue et insiste sur le fait que le réseau de transport doit être électrifié. "Il est primordial qu'on passe à une énergie propre, et non pas qu'on reste dépendant à une énergie sale et non-renouvelable."

9 août 2008, décès de Fredy Villanueva. Le lendemain, l'émeute. Dès lors, le Québec est déchiré et oublie la présomption d'innocence, d'un côté comme de l'autre. Sur le web et sur les lignes ouvertes, ça se déchaine sans nuances. Will Prosper prendra part à la mobilisation suivant la tragédie avec Montréal-Nord Republik. Sa formation et sa pratique dans un corps policier l'amènent à étudier la suite des choses différemment. "Au-delà de l'aspect socio-politique, je tenais à comprendre le type d'intervention choisie par le policier et les erreurs qu'il a commises. Durant l'enquête du coroner, j'accordais beaucoup d'attention aux discussions techniques." Il déplore d'ailleurs que le rapport ne soit toujours pas publié, alors que la Ville tente d'en faire censurer la partie sur la sécurité de l'étui de l'arme. "Ce que je trouve vraiment dommage à travers tout ça, c'est qu'on a un rapport du coroner qui est supposé émettre des recommandations sur les changements à apporter dans les méthodes d'intervention des policiers afin qu'un tel incident ne se répète pas. C'est à ça que sert une telle enquête. Car, peu importe le point de vue sur la réaction du policier, tous s'entendent pour dire qu'un jeune n'aurait pas dû mourir. Avec Montréal-Nord Republik, on a travaillé très fort pour avoir cette enquête, alors que ce rapport soit mis en attente à cause d'une tentative de censure de la sorte, je trouve ça tout à fait ridicule, d'autant plus que le mécanisme de sécurité est expliqué sur Internet! Si la tragédie doit se répéter à cause de ça, la Ville aura du sang sur les mains."

Le Montréal-Nord des médias et celui de ses citoyens

En attendant que ce dossier se règle, il s'ajoute à cette longue liste d'éléments qui alimentent les préjugés et ternissent l'image de Montréal-Nord. Un dilemme auquel Will Prosper s'attaque déjà et souhaite continuer à s'attaquer. "C'est au travers des différentes interventions en public qu'on y travaille. Chacune de ces prises de parole est une occasion d'essayer de renverser l'image ternie par les médias. Je parle souvent des tournois de basket-ball qui ont lieu ici, de l'Urbanifest, du Rockfest, de d'autres événements organisés par le milieu communautaire mais auxquels les médias n'assistent jamais et n'accordent pas de couverture. D'ailleurs, à titre de documentariste, j'ai filmé le tournoi de basket-ball de rue pour montrer ses bienfaits auprès de la communauté." M. Prosper travaille l'image du quartier même lorsqu'il traite de faits qu'il ne conteste pas, comme la criminalité chez les jeunes. Il en parle avec une perspective différente de celle des médias. "Ceux-ci parlent des jeunes de gangs de rue, moi je préfère parler de délinquance juvénile. Après tout, c'est comme ça qu'on en parlerait si ces jeunes commettaient les mêmes crimes à Rouyn-Noranda. D'ailleurs, les statistiques de 2008 montrent que le taux de délinquance juvénile était plus bas à Montréal-Nord que dans l'ensemble de l'ile! Montréal-Nord est aimée de sa population, les gens y sont confortable, on ne sent vraiment pas dans la rue qu'on fait face à un danger imminent."

Il se rappelle d'ailleurs une anecdote vécue dans les rues le soir de l'émeute qui reflète bien cette dualité entre Montréal-Nord et les médias. "J'étais descendu dans la rue avec un ami qui est travailleur de rue dans le but de nous assurer qu'aucun autre jeune ne se fasse blesser. Je me rappelle qu'alors qu'il y avait des feux un peu partout, la population marchait allègrement dans la rue et les journalistes, eux, étaient terrés contre les murs. Ils ne comprenaient pas ce qu'il se passait, ils étaient vraiment apeurés. La population, elle, n'avait pas peur et envoyait même un certain élan de solidarité malgré la violence car elle savait ce que ces jeunes vivent au quotidien."

Le paysage politique local a changé un peu depuis ces événements. Marcel Parent, maire de Montréal-Nord jusqu'en 2009, n'a pas sollicité un autre mandat et fut remplacé par Gilles Deguire, ancien attaché politique de l'ex-députée Line Beauchamp. Au lendemain de l'émeute, M. Parent avait suscité la colère de sa population en déclarant qu'il n'avait rien vu venir et qu'il ne savait pas qu'il y avait ce genre de problème. "À mes yeux, le maire Parent en était un complètement absent et complètement déconnecté", observe M. Prosper. "Il était à l'image de cette élite politique qu'on a chez nous. De tels propos en étaient d'ailleurs un bon aveu et ils m'avaient beaucoup frustré." La situation s'est-elle améliorée avec M. Deguire? "On le voit, il est présents à certains événements. Il mène certaines actions, mais il y a encore beaucoup à faire. Par exemple, des terrains de soccer ont été créés, ce qui est formidable, mais leur accessibilité est un sérieux problème pour les jeunes. Aussi, souvent, lorsque des jeunes présentent des projets, que ce soit auprès de la mairie ou de groupes communautaires, ces instances prennent les projets et s'en vont les faire! Alors qu'il faudrait plutôt accompagner les jeunes pour qu'ils mènent à bien eux-mêmes ces projets. Ainsi on formera des leaders dans la communauté qui pourront embarquer le reste de la population dans les projets. Du reste, sur les vrais enjeux qui ternissent l'image de Montréal-Nord, on sent que le maire met du maquillage sur les blessures plutôt que de vraiment chercher à les soigner."

Photo: Pierre-Luc Daoust

Les drapeaux haïtien et québécois réunis sur un mur du local électoral de Will Prosper.

Montréal-Nord est un rassemblement de beaucoup de communautés culturelles. Les Haïtiens et Haïtiennes y sont en grand nombre mais sont loin d'être seuls. Malgré cette multitude d'origines, le français y est bien implanté comme langue commune. "Montréal-Nord est en fait l'arrondissement de Montréal où il se parle le plus le français", de préciser M. Prosper. Alors comment rapprocher les groupes et partis qui militent pour étendre cette harmonie linguistique à l'échelle de Montréal, notamment via la Loi 101, et certains tenants du multiculturalisme qui taxent toute imposition du français comme étant du racisme? Où est l'équilibre? "Je crois que Québec solidaire a trouvé cet équilibre. Du côté du Parti Québécois, on parle d'exiger une bonne maîtrise du français pour avoir le droit d'être élu. Si on veut aller au Parlement de Québec, il est tout à fait normal d'y parler français, cela va de soi." Mais M. Prosper nuance rapidement, mettant de l'avant une réalité selon lui masquée par cette évidence. "Dans le projet du PQ, on parle d'élus en général, donc à tous les niveaux, y compris les commissions scolaires, y compris les conseils de bande. On ne va quand même pas empêcher un unilingue autochtone d'être élu dans sa localité! Il faut protéger le français mais jamais au détriment d'autres communautés", soutient-il avec conviction. La solution, selon lui, réside une fois de plus dans l'éducation. Il défend qu'un français mieux enseigné à l'école, d'où les jeunes sortiraient avec un excellent français oral et écrit, n'aurait pas besoin de lois qui empêchent l'accès à une autre langue. "Je suis allé dans un cégep anglophone et pourtant je suis présentement en train de défendre la langue française! Pouvoir bien parler anglais, ça nous ouvre des portes. Alors cette langue seconde devrait aussi voir son enseignement rehaussé. Quant aux premières nations, c'est nous qui devrions apprendre leurs langues, elles étaient là bien avant nous!"

« Le réchauffement climatique ne s’arrête pas aux douanes! »Entrevue avec Éric Guerra-Grenier, candidat du Parti Vert dans Bourassa-Sauvé

Publié le 31 août 2012 sous Archives du Presse-Gertrude, Entrevues, Montréal-Nord
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On ne le voit à peu près pas dans les médias, à peine plus que le Parti de la Démocratie Chrétienne (qui a d'ailleurs changé de nom, question d'être encore moins remarqué). Et pourtant, le Parti Vert du Québec est loin de faire le tronc d'arbre durant la présente campagne. Dans Bourassa-Sauvé, c'est un jeune de 19 ans, Éric Guerra-Grenier, qui en pollinise les idées.

Politisé et articulé, il étudie au Cégep Marie-Victorin. Il allie son plaisir de la politique et de l'histoire à son ambition de devenir biologiste en intégrant des cours de chimie et de biologie dans son programme de sciences humaines.

Photo fournie par Éric Guerra-Grenier

Éric Guerra-Grenier, candidat du Parti Vert du Québec dans Bourassa-Sauvé

Qui dit étudiant de cégep politisé en 2012 dit nécessairement grève étudiante. Quelle place celle-ci a-t-elle pris dans son cheminement? "Quand ça a commencé, je n'étais pas très informé des enjeux liés à la hausse des droits de scolarité. J'étais surtout concentré dans mes études. Mais plus la campagne progressait, plus je me disais qu'il fallait faire quelque chose car cette hausse n'a pas de bon sens. J'ai donc décidé de m'impliquer à fond au sein de mon association étudiante et, à cette fin, je me suis présenté et été élu au poste de coordonnateur aux affaires pédagogiques. Évidemment, j'ai démissionné depuis afin de respecter l'interdiction pour ses membres du conseil exécutif d'être associé avec un parti politique."

L'association étudiante de ce cégep est réputée au sein du mouvement étudiant pour son niveau de militantisme, que plusieurs jugent comparable, voire supérieur, à celui du mythique Cégep du Vieux-Montréal. Que pense-t-il d'un tel radicalisme des idées, s'il en est un? "Je n'ai jamais trouvé ce niveau comme étant trop radical. L'association a l'air radicale, on y croise beaucoup de carrés noirs, beaucoup de discours anarchistes, mais les propos qu'on y tient m'ont toujours semblé vrais. Le néolibéralisme n'a plus sa place au 21e siècle. L'association parle bien sûr des enjeux étudiants mais dans une perspective plus large, dans une perspective qui englobe l'ensemble de la société, et je trouve que cette façon d'aborder le sujet fait beaucoup de sens.

M. Guerra-Grenier habite à Saint-Léonard, une circonscription qui votera rouge. Il étudie dans Lafontaine, une autre qui votera certainement rouge. Alors pourquoi Bourassa-Sauvé, rouge depuis près de 30 ans? Les circonscriptions laissées disponibles par la présence de 66 candidats verts seulement ne l'ont pas poussé vers un endroit où le discours de gauche est plus populaire? Le cégep est officiellement hors de Montréal-Nord, mais au quotidien c'est dans sa vie qu'il s'insère. Une partie importante de ma vie s'est déroulée à Montréal-Nord, dont mon secondaire à l'école Henri-Bourassa, au sein du programme international. Mes grands-parents ont déjà habité ici, j'y ai encore plusieurs connaissances, si bien que durant toute mon adolescence, je passais mes journées à Montréal-Nord et je dormais à Saint-Léonard. Ici, c'est donc comme un deuxième chez-moi. Alors quand j'ai pris contact avec le Parti Vert du Québec, la première chose que j'ai demandé, c'est Bourassa-Sauvé. J'aime cet endroit, c'était important pour moi de m'y présenter.

Alors que d'autres petits partis ont aussi une plate-forme environnementale développée, pourquoi le Parti Vert? "Car Québec solidaire et Option Nationale sont deux partis souverainistes. Personnellement, je me qualifie pas de fervent fédéraliste, mais je ne me qualifie pas non plus de fervent souverainiste. Je suis neutre sur cette question. L'environnement, l'éducation et la santé, ce sont mes priorités. Quand je regarde la situation de l'environnement au niveau fédéral, je ne peux que constater que Stephen Harper est en train de détruire le Canada. Un Québec qui deviendrait souverain n'aurait plus aucun impact sur le processus décisionnel du Canada. Alors il est essentiel de faire contrepoids en matière d'environnement face aux politiques conservatrices en s'impliquant dans le Canada. Un Québec souverain ferait sans doute de merveilleuses choses, mais seulement dans son territoire limité." Mais il n'a déjà aucune influence en terme d'environnement sur le reste du Canada, pourquoi s'acharner à attendre après les Albertains, par exemple, plutôt que de se débarrasser des contraintes fédérales pour faire avancer les idées localement? "L'environnement, ça n'a pas de frontière. Ce qui se passe chez eux aura automatiquement un impact ici. Le réchauffement climatique ne s'arrête pas aux douanes! Au 21e siècle, on vit dans un contexte mondial. Ce qu'il se passe en Chine, en Australie, en Italie ou en Amérique du sud a un impact ici; donc ce qu'il se passe en Alberta en a un encore plus gros, vu la proximité!"

Le Parti Vert ne souffre vraiment pas de surexposition médiatique. Les médias n'en parlent pratiquement pas. Mais à la différence d'autres partis qui vivent le même problème, même sur les médias sociaux on ne sent pas que le parti est réellement actif. En 2008 avait eu lieu une campagne conjointe entre les verts et les solidaires pour réclamer une place au débat des chefs télévisé. Cette année, le Parti Vert a raté une opportunité en ne joignant pas Option Nationale dans cette campagne. "Sur le terrain, ça ne nous nuit pas vraiment", répond-il. On a beaucoup de contacts directs avec les gens. C’est juste dans l'exposition médiatique que ce manque d'activité se fait sentir. On a seulement 66 candidats, alors on est beaucoup moins présents que ce qu'on voudrait, et on trouve ça dommage. Mais, de tous les partis en lice, le Parti Vert est le seul qui a une plate-forme environnementale et qui n'est pas souverainiste. Pour un fédéraliste de gauche, nous sommes la seule option. Donc même sans visibilité médiatique, les gens savent qu'on existe. Alors, le jour du vote, notre électorat-cible votera pour nous."

Une prétention au monopole qui ne durera pas. En plus de l'Union citoyenne du Québec, récemment crée mais encore très petite, le chef du Nouveau Parti Démocratique, Thomas Mulcair, a affirmé sans hésitation qu'aux prochaines élections générales dans la belle province, les militants de son parti auraient reformé sa section québécoise, le NPD-Québec. Une idée que M. Guerra-Grenier ne voit vraiment pas d'un très bon oeil. "Je pense que c'est une erreur monumentale de vouloir ajouter un autre joueur de gauche sur l'échiquier politique du Québec. Déjà, en ce moment, le vote de gauche va énormément se diviser, ce qui donnera aux Libéraux la possibilité de passer à nouveau. Si on ajoute un NPD-Québec et si on regarde les gains que le NPD fédéral a fait il y a un an, le vote de gauche sera tellement divisé qu'aucun de ses prétendants n'arrivera à gagner de sièges! Si on regarde le dernier scrutin fédéral, les Conservateurs ont obtenu une majorité parlementaire avec seulement 40% du suffrage car ils étaient le seul parti de droite, tandis que le vote de gauche s'est divisé entre le Bloc, le Parti Libéral et le NPD. Il se passera la même chose au Québec si le NPD y débarque."

L'environnement n'est plus rentable électoralement?

Une tendance semble s'être installée dans les campagnes électorales, soit celle de taire le sujet de l'environnement. Depuis la défaite humiliante des Libéraux fédéraux sous Stéphane Dion en 2008, le mot semble s'être passé à l'effet que de parler d'environnement serait une balle dans le pied. Le Parti Vert pense-t-il être capable de ramener ce sujet à l'avant-plan des campagnes électorales futures? "L'enjeu s'imposera de lui-même. Pensons aux records de chaleur qu'on a vécu cet été et aux ainés qui sont moins résistants à la température. La hausse des coups de chaleur, c'est une souffrance directe, et elle est liée à l'environnement. Ce genre de situation fera en sorte que l'environnement s'invitera dans les prochaines campagnes électorales et s'en fera même l'enjeu principal."

D'ailleurs, à qui la faute? Les politiciens et les médias se foutent de l'environnement parce que la population s'en fout, ou l'inverse? L'oeuf ou la poule? "Je crois qu'il s'agit surtout d'un contrôle médiatique. Ce qu'on remarque au Parti Vert lors de nos enquêtes de terrain, c'est que l'environnement est un enjeu très important pour les gens, toutes allégeances confondues. Mais dans les médias accordent leur couverture à d'autres sujets qui, même s'ils sont pertinents à couvrir, voient leur surexposition éclipser totalement d'autres thèmes comme les coupures massives dans les études environnementales occasionnées par la loi mammouth sur le budget fédéral. Cet enjeu est passé inaperçu alors que les médias auraient très bien pu en parler, s'ils l'avaient voulu. La majorité des gens s'informent uniquement via les médias de masse et ne font pas leurs propres recherches. Alors si les médias taisent le sujet, la population n'est pas informée et ne peut réclamer aux politiciens des gestes pour corriger la situation concernée."

Le Parti Vert et Montréal-Nord

Montréal-Nord est un arrondissement très hétérogène. Mi-banlieue, mi-urbain très dense, il comprend des secteurs où le taux de chômage dépasse les 20% et où la scolarisation est très faible. Comment diminuer ce fossé? "Cette hétérogénéité est surtout présente au sein des adultes. La jeunesse, elle part avec rien, elle n'a généralement pas tracé sa destinée. Elle doit donc être la cible; elle et l'éducation. Oui, il y a énormément de décrochage à Montréal-Nord, et il est essentiel de travailler à l'éliminer. Les jeunes sont beaucoup plus tentés de poursuivre leur cheminement scolaire s'ils sont attirés par l'école et, pour ça, ce n'est pas juste les cours qui doivent être attirants mais aussi les activités parascolaires, tant culturelles, sportives qu'intellectuelles. Alors là où j'agirais en tant que députés, c'est en aidant les écoles à aller chercher un maximum de subventions pour leurs activités parascolaires.

Au Japon, au secondaire, chaque élève est obligé de faire une de ces activités et la scolarité y est exemplaire. Si on atteignait ici la participation de chaque élève à une activité parascolaire qu'il adore, on l'éliminerait, le décrochage. Il y aurait même un meilleur taux de poursuite des études au niveau post-secondaire. Ainsi, de meilleurs revenus pour la population relèveront le niveau socio-économique de Montréal-Nord et réduirait de beaucoup l'homogénéité entre les bungalows de l'ouest et les secteurs pauvres de l'est. La jeunesse doit être la cible."

Impossible de parler de cette dualité urbaine sans parler du dossier Fredy Villanueva. Elle fut à l'origine de cette perception voulant que l'intervention controversée ait opposé de riches policiers blancs à des jeunes immigrants pauvres. M. Guerra-Grenier débutait sa troisième année du secondaire peu après l'incident, mais son jeune âge ne l'a pas empêché de s'y conscientiser, lui qui commençait d'ailleurs à s'intéresser à la politique. "Ça s'est passé en arrière de mon école secondaire. Alors dès la rentrée, moins d'un mois plus tard, on ne parlait que de ça. Je n'ai pas été témoin de l'incident, la vérité m'était donc inconnue et je trouvais injuste que seule une version des faits soit acceptée. Le gouvernement libéral accorde très peu d'importance aux milieux défavorisés, ça se sentait très bien. Je considérais déjà alors qu'il fallait une enquête beaucoup plus large que celle menée par les policiers afin qu'on comprenne ce qu'il s'était passé."

Que pense-t-il des procédures judiciaires entreprises par la Ville de Montréal pour censurer une partie du rapport de l'enquête publique? "Du torpillage. À mes yeux, c'est ça. On accorde beaucoup trop d'immunité aux policiers. Je ne dis pas qu'ils font mal leur travail. Il ne fait jamais perdre de vue l'être humain derrière l'uniforme: le stress de certaines interventions, comme durant les manifestations, rend compréhensible que certaines bavures surviennent. Mais dans un cas comme celui de Fredy Villanueva, où deux policiers armés font face à cinq jeunes d'environ 20 ans qui n'ont que des dés, ce n'est pas le genre de bavure policière qui doit être acceptée aussi facilement."

Les médias de masse ont parlé récemment d'un potentiel retour d'une guerre des gangs de rue dans laquelle les motards seraient aussi impliqués. "Je ne crois pas à un retour d'une guerre de gangs. Elle a toujours eu lieu, mais on la remarque plus aujourd'hui alors qu'elle se fait moins discrète. » Ça n'empêche pas que l'image de Montréal-Nord en ait encore pris un coup. Que faire pour restaurer le blason de l'arrondissement? « Pour y avoir passé beaucoup de temps, je suis convaincu que cette image est fausse. C'est une étiquette donnée par des gens qui ne vivent pas ici. Par exemple, vous et moi sommes dans ce restaurant (ndlr: là où on a fait l'entrevue), jamais je ne croirai que quelqu'un va passer la porte et nous tirer dessus sans raison. Il faut mettre l'accent sur deux choses: l'esthétique du terrain et l'éducation. Montréal-Nord est beaucoup trop gris, trop bétonné, comparativement à Saint-Léonard où la beauté de l'endroit en fait un où il fait bon vivre et où on se sent bien. C'est inconfortable. Avec plus de verdure, Montréal-Nord serait visuellement beaucoup plus attirant. Les gens en feraient aussi un lieu de choix pour voir grandir leurs enfants si ce qu'ils en entendaient était non pas la présence de gangs de rue mais plutôt des écoles réputées pour un faible taux de décrochage et des activités parascolaires généreusement financées. Ainsi l'image de Montréal-Nord devient une raison de plus pour travailler sur l'environnement et l'éducation."

D'environnement, d'emplois et de stratégies électorales

Comment vendre le projet environnemental alors qu'il est constamment confronté à la création d'emplois? Alors que le Plan Nord vient répondre directement à la détresse des villes minières et de leur population, mais uniquement sur le plan économique, rallier cet électorat à la cause environnementale est un défi de haut niveau. Où tracer la ligne d'équilibre entre l'environnement et l'économie? "Au Parti Vert, on voit l'avenir dans les ressources naturelles et les énergies vertes. Le Plan Nord de M. Charest a l'air intéressant de loin. Mais de proche, il a plusieurs défauts. Il n'y a rien de mal à exploiter nos ressources mais ça doit être fait de façon logique et écologique. Non seulement les ressources, mais aussi les énergies vertes comme les éoliennes et la biomasse. Ce qui est nocif pour l'environnement, comme les gaz de schiste et le pétrole, ne devrait même pas être envisagé. Alors la création d'un grand nombre d'emplois est intéressante, mais seulement si elle est faite de façon viable et sécuritaire pour l'environnement."

Il y a quatre ans, Scott McKay se faisait bouter hors du siège de chef de parti par les membres. Le principal reproche était son côté électoraliste. Le chef déchu répliquait alors qu'il fallait se faire élire pour apporter l'enjeu à l'Assemblée Nationale, argument qu'il réitéra lors de son passage au Parti Québécois. "Je comprends le choix de M. McKay. Le Parti Vert n'est qu'à 3% dans les sondages, alors je le rejoins sur le constat qu'on ne peut rien faire sans être élu. Là où je ne le rejoins pas du tout, c'est dans le choix du Parti Québécois. Ce parti a beau être mieux que le PLQ ou la CAQ, il demeure à l'aise avec l'exploitation pétrolière! Ce sont les petits partis qui défendent le mieux l'environnement, alors la seule solution est de travailler à les faire grandir. Le PQ a eu plusieurs occasions de faire des bonds en environnement et ne les a pas prises, alors ce n'est pas en abandonnant le navire pour rejoindre ce vieux parti usé qu'on fait progresser la cause. L'électoralisme est compréhensible mais n'est pas la solution."

Pourquoi alors ne pas faire grandir les petits partis en les fusionnant? La position des verts sur la question nationale devrait sans doute y passer, mais la défense d'une plate-forme environnementale solide serait facilitée. Québec solidaire a récemment lancé un pavé dans la mare en évoquant une fusion avec Option Nationale, mais cette proximité idéologique se constate aussi entre les verts et les solidaires. Ne serait-ce pas là une façon de rallier l'électoralisme et l'environnement? "La question est intéressante car elle a déjà été d'actualité", répond-il en évoquant l'invitation refusée par le Parti Vert de se joindre à Québec solidaire dès sa création. "On a refusé en raison de l'aspect souverainiste, bien sûr, mais aussi en raison d'autres divergences. Alors fusionner les deux programmes tels qu'ils le sont en ce moment ne serait pas viable, même si ça favoriserait les gains électoraux."

La couverture médiatique des verts s'est à peu près résumée aux candidatures de Karolane Baillargeon, ancienne militante au carré vert, et d'Ewan Sauves, journaliste de La Presse qui a écrit sur la faiblesse du processus de sélection en se faisant lui-même candidat. M. Guerra-Grenier s'en fait-il parler sur le terrain? "Pas vraiment. Notre manque de visibilité médiatique aide un peu là-dessus, ironiquement. C'est un peu ridicule qu'une tête d'affiche des carrés verts se joigne à un parti qui prône la gratuité scolaire, mais si c'est la seule divergence et si Mme Baillargeon est à l'aise avec, je ne vois pas pourquoi elle n'aurait pas sa place." Le chef Claude Sabourin aurait-il dû prendre sa défense publiquement? "Oui", répond-il sans hésiter. Puis il nuance: "Mais d'un autre côté, c'est l'ensemble des candidats qui lui a demandé de la renvoyer. Il n'a fait que ce que tout chef de parti devrait faire, soit suivre la volonté de son équipe.

Pour ce qui est de Ewan Sauves, je trouve vraiment dommage qu'on s'attaque ainsi à un petit parti alors qu'il y a d'autres priorités. Ceci dit, ce qu'il a soulevé est vrai, le Parti Vert doit faire plus attention dans le choix de ses candidats et cette lacune est désormais connue. Mais est-ce vraiment grave? Le processus pour être reconnu candidat par le Directeur général des élections est long et pénible, surtout pour un petit parti. En soi, c'est un bon filtre pour éliminer ceux et celles qui ne méritent pas leur place."

Nancy Lavallée et le Québec souverain inclusifEntrevue avec la candidate d'Option Nationale dans Bourassa-Sauvé

Publié le 22 août 2012 sous Archives du Presse-Gertrude, Entrevues, Montréal-Nord
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J'ai bien plus peur d'un criminel à cravate que d'un criminel avec un bandeau rouge

Un nouveau parti souverainiste a fait son apparition cette année. Il s'agit d'Option Nationale, fondé par le député Jean-Martin Aussant. Chez nous, dans Bourassa-Sauvé, c'est Nancy Lavallée qui se présente "au batte" pour défendre les couleurs de son parti.

Photo: Mathieu Breton

Nancy Lavallée, candidate d'Option Nationale dans Bourassa-Sauvé

Intervenante en dépendances, mariée, mère de deux enfants, Nancy Lavallée vit présentement à Laval. "Mais j'ai déjà habité à Montréal-Nord, dans un logement sur Maurice-Duplessis", précise-t-elle. "Au moment où mon mari et moi avons commencé à chercher une maison, nous avons vite vu que nous n'avions pas les moyens d'être propriétaires à Montréal. Je fais donc le chemin chaque jour pour venir y travailler."

D'ailleurs, elle travaille et s'occupe de ses enfants en même temps qu'elle fait campagne. Pourquoi alors ne pas avoir privilégié une circonscription plus près de chez elle, plutôt que de venir se battre sur un terrain qui vote rouge depuis près de trente ans? "La circonscription où je vis n'étais pas disponible au sein d'Option Nationale. Mais au-delà de ça, je trouve dommage la réputation de Bourassa-Sauvé qui, à mon avis, n'est pas du tout ce qu'on en voit dans le journal. Il se forme peut-être présentement une guerre de gang et, pourtant, je me promène tous les jours dans ce quartier et personne n'est venu me faire peur! Les gens y sont gentils, il y a des familles. Il y a plein de gens qui valent la peine d'être rencontrés à Montréal-Nord et, au lieu de montrer ça, on fait une publicité très néfaste et fausse du quartier. On dirait presque, en fait, que certains ne veulent pas que Montréal-Nord grandisse. Je trouve ça dommage car, personnellement, j'adorerais y habiter à nouveau."

Le cliché classique sur Montréal-Nord est son association avec les gangs de rue. Un lien qui n'est pas faux. On constate toutefois qu'Option Nationale ne parle pas de gestion du crime organisé, un sujet qui est revenu dans l'attention médiatique avec cet assassinat aux Galeries d'Anjou d'un chef de gang. "Présentement, la vision du parti sur les services sociaux n'a pas été votée en congrès", explique Mme Lavallée. Mais ça ne l'empêche pas de voir la campagne en cours comme une bonne occasion de construire cette plateforme. De rencontre en rencontre, elle prend connaissance des besoins en la matière. "Je crois qu'il faut bâtir cette plateforme en fonction des besoins du milieu, et non pas en fonction de ce que l'on croit que les besoins sont. Je bâtis présentement mon dossier sur le sujet. Tant moi que Jean-Martin Aussant préférons la prévention et la réhabilitation plutôt que la répression. Par prévention, j'entends une prévention qui est précoce! Il faut commencer dès l'enfance, en s'attaquant à l'intimidation à l'école, par exemple. Une telle intervention de première ligne est beaucoup plus efficace qu'une intervention de troisième ligne, où il s'agit de prévenir les méfaits." Et quand aux personnes un peu plus âgées qui ont déjà les deux pieds dans le milieu criminel? "Il y a toujours de quoi à faire. Mais il est beaucoup plus difficile d'intervenir auprès de jeunes et moins jeunes quand ils ont développé une expérience et un réseau de contacts au sein du crime. Présentement, ces gens n'ont de ressources qu'à partir du moment où ils se retrouvent en centre jeunesse ou en prison. Je veux continuer à croire que tout le monde peut s'en sortir. Mais quand on regarde des cas comme Mom Boucher, des cas qui ont construit leur vie autour du crime, on doit accepter que des gens soient rendus trop loin pour se séparer complètement du milieu criminalisé."

En 2013, un dossier chaud reviendra sous les feux de la rampe, celui de la mort du jeune Fredy Villanueva. La Ville de Montréal a déposé une requête pour faire censurer du futur rapport d'enquête publique les informations sur le mécanisme de sécurité de l'étui de l'arme à feu des policiers et policières, requête qui sera entendue l'année prochaine. Cette requête est vue par plusieurs comme une tentative de torpillage, surtout alors qu'à l'origine la Ville et le gouvernement s'opposaient vigoureusement à la tenue de l'enquête publique. "Je n'ai jamais compris pourquoi [le gouvernement tenait tant à ce qu'elle n'ait pas lieu]", dit-elle. "Selon moi, personne n'est au-dessus des lois. Oui, des erreurs peuvent survenir, dans la police comme ailleurs, mais assumons-les! Mais le fait de chercher à étouffer l'affaire, c'est questionable. Très questionable, même. Je continue à dire que je ne comprends pas qu'une telle situation ait pu mener au décès du jeune garçon. J'ai bien hâte de lire le rapport final et, de ce qui en sort jusqu'à maintenant, ça ne regarde pas très bien pour les policiers."

Nancy Lavallée s'est portée candidate dans Bourassa-Sauvé avec, parmi ses objectifs, de combattre cette mauvaise image qui suit l'arrondissement. Qu'est-ce qui peut être fait, selon elle? "Tout simplement de publiciser la vérité", répond-elle sans hésiter. "Montréal-Nord est un secteur multiculturel. Or, ce multiculturalisme est la plus grande richesse du Québec! La population québécoise de souche a beaucoup à apprendre des nouveaux arrivants. D'ailleurs, si leurs diplômes étaient reconnus plus facilement par l'État, les endroits comme Montréal-Nord ne seraient plus si pauvres car ces personnes pourraient enfin travailler librement dans leur domaine respectif! À mes yeux, Montréal-Nord est plein de potentiel. Il faut juste que quelqu'un se lève et dise ouvertement c'est quoi, Montréal-Nord, et invite l'ensemble de la population à découvrir cet arrondissement sous son vrai jour. Il faut parler d'un Montréal-Nord qui est loin d'être un ghetto où règnent les gangs. Personnellement, j'ai bien plus peur d'un criminel à cravate que d'un criminel avec un bandeau rouge."

Puisqu'on parle de multiculturalisme, la militante péquiste et enseignante de francisation Tania Longpré (qui a d'ailleurs déjà habité à Montréal-Nord) a publié sur le site de La Presse dans lequel elle pointe les capsules vidéos de Jean-Martin Aussant en anglais et en espagnol d'un regard fort péjoratif. Elle soutient que ce geste, qualifié d'ouverture chez Option Nationale, place la langue française dans une position moins importante et donne l'impression que le fardeau de l'apprentissage de la langue de l'autre revient aux francophones. Une méthode qu'elle décrit comme multiculturaliste. N'ayant pas lu ce texte de Mme Longpré, Mme Lavallée ne pouvait lui répliquer directement mais tenait à défendre l'usage de l'anglais et de l'espagnol par son chef. "Il me semble normal de vouloir aller chercher les gens dans la langue qu'ils comprennent le mieux. Oui, la langue française est importante, la loi 101 est importante, mais tant qu'on ne donnera pas des cours de francisation qui ont de l'allure, il faut s'arranger pour rejoindre ces gens! Je défends parfaitement le choix de mon chef de parler d'autres langues, ça démontre justement qu'on ne met pas de côté les gens qui ne sont pas des Québécois de souche. Au contraire, on veut fonder le Québec tout le monde ensemble!"

Le discours d'Option Nationale en matière de question nationale est clair: la souveraineté avant tout, la souveraineté comme nécessité afin de réaliser le reste de la plateforme. Ce nouveau parti amène l'accession à la souveraineté d'une façon à laquelle la population n'a pas été habituée: on va de l'avant avec le rapatriement des lois, impôts et traités avant même la tenue d'un référendum. N'est-ce pas un élément majeur qui pourrait apparaitre comme antidémocratique aux yeux de certaines personnes? "Il va de soi qu'on ne fera pas un pays tout seul dans notre coin, il va falloir que le projet soit accepté par la majorité des Québécois." insiste la candidate. "Option Nationale compte bien discuter de la souveraineté avec la population et l'entendre. Mais viendra un moment où une décision devra être prise. En partant, si la population porte Option Nationale au pouvoir, elle sait à quoi s'en tenir: elle accepte que le LIT du Québec soit fait dès l'arrivée au pouvoir. En général, les gens comprennent qu'on a les citoyens à coeur. D'ailleurs, l'équipe d'Option Nationale est composée de gens ordinaires, Option Nationale est le parti des gens ordinaires."

Depuis la fondation du parti, les militants et militantes d'Option Nationale se plaignent souvent d'une faible couverture médiatique, voire d'un boycott venant des médias de masse. Le parti prévoit, dans sa plateforme, la création d'une commission chargée d'évaluer la concentration des médias et faire des recommandations au gouvernement, ce qui expliquerait le présumé boycott par les médias, selon certains membres. Un projet qui, à court terme, se heurterait à la juridiction fédérale du CRTC et du Bureau de la concurrence. "Ne perdons pas de vue que le but premier d'Option Nationale, c'est la souveraineté!", me réplique-t-elle. Quelles seraient les interventions possibles d'un gouvernement dirigé par Option Nationale, si ladite commission identifiait une concentration trop élevée? "On va d'abord voir le résultat de cette commission, mais une fois que le Québec a rapatrié toutes ses lois, il n'y a plus de limite quand aux limitations qu'on choisira d'imposer quant à la propriété d'entreprises médiatiques. Ça vaut pour cette industrie, mais ça vaut aussi pour tous les domaines: un Québec indépendant aura tous les outils pour se prendre en main."

Note de l'auteur: Dans le cadre des élections québécoises 2012, je réaliserai des entrevues avec plusieurs candidats et candidates dans Bourassa-Sauvé. Nancy Lavallée fut la première à se soumettre à l'exercise mais restez à l'affût car il y en aura d'autres!