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Le Jour J

Publié le 3 novembre 2004 à 0:11
Publié dans: Zone P-L 2004-2009
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Avis: Vous lisez un texte qui fut publié sur l'ancienne Zone P-L il y a plusieurs années. À l'époque, j'avais «une opinion sur tout et un impact sur rien», comme dirait Marc Labrèche. En me relisant, je trouve moi-même que mes argumentaires et opinions pouvaient parfois être douteux. Ne vous sentez donc pas mal de partager cette perception, au besoin. ;-)

Aujourd'hui est journée importante pour mes voisins du sud. Non, je ne parle pas de ceux susceptibles de passer la tondeuse à sept heures du matin le samedi à côté de chez moi; je parle bien des citoyens des États-Unis. Aujourd'hui, les Américains sont allés aux urnes, et un taux de participation très élevé a été constaté, ce qui renverse la tendance à la baisse observée en Occident depuis plus d'une vingtaine d'années. Leur décision sera archi-importante pour eux, mais aussi pour le monde entier, vu les relations internationales particulières que tiennent les Ètats-Unis.

Je ne vais pas ici vous exposer ma position, ni faire de prévisions. Du moins pour l’instant. Mais analysons un peu la démocratie en fonction chez mes voisins du sud.

Les électeurs se sont donc rendus aux urnes, ou ont participé au vote par anticipation, ou ont sifflé leur choix à un pigeon messager, ou whatever, mais bon, bref, ils ont émis leur choix quant au duo président/vice-président qu’ils veulent voir à la tête du pays. Toutefois, en plus du peuple, il y a ce que l’on appelle les grands électeurs (GE). Lorsque les gens votent, ils élisent directement, en fait, les GE. Lorsqu’un état est remporté par l’un ou l’autre des partis, ce parti obtient la totalité des GE de l’état. Ce sont ensuite les GE qui votent pour élire de façon directe le duo qui sera à la tête du pays.

Le nombre de GE pour un état est déterminé de façon proportionnelle au nombre d’habitants. Au total, à travers le pays, ils sont 538. Ce qui fait de certains états qu’ils soient plus importants que d’autres pour les candidats durant la campagne.

Cette façon de procéder peut résulter en une majorité de GE en faveur d’un parti mais d’une majorité de citoyens en faveur d’un autre parti. Comment ça, certains me demanderont? Eh bien, imaginons que tous les états nomment un même nombre de GE. Le parti A gagne 26 états, alors que l’autre en remporte 24. Mais imaginez que le parti A ait remporté ses états avec 51% dans chacun, alors que le parti B ait remporté les siens avec 95%… Après calcul, 29% de la population aurait voté pour le parti A, alors que le parti B aurait eu 71% d’opinion favorable (ces chiffres étant arrondis au pourcent près). Pourtant, comme chaque état élirait le même nombre de GE, le parti A l’emporterait car c’est le nombre de GE en sa faveur qui prime.

Bien entendu, ces chiffres sont irréalistes, mais c’est pour vous montrer comment un parti peut l’emporter sans la majorité populaire. Mais voici un exemple plus actuel, aujourd’hui même, à 22h55: Bush mène avec 203 GE, contre 133 pour Kerry. Grosse avance, mais pourtant, en matière de pourcentage d’opinion populaire à l’échelle du pays, Bush mène 51% ? 48%… Méchante différence, non?

C’est d’ailleurs comme ça que Bush a gagné l’élection de 2000, au dépends de Al Gore… Majorité chez les GE, mais pas chez les électeurs…

Bien différent de chez nous? Pas vraiment…

Dans le fond, quand je regarde le fonctionnement du scrutin chez nous, au Canada, ce n’est pas si différent. L’injustice que je viens de décrire est tout à fait possible ici aussi. Changez les états par des circonscriptions électorales, considérez un seul GE par circonscription (ici, on appelle les GE députés), et c’est la même chose. Aussi, les députés n’élisent pas le parti au pouvoir, mais le nombre de députés d’un parti à l’Assemblée Nationale ou à la Chambre des Communes est déterminant du parti gagnant; encore là ça revient au même (entre vous et moi, on sait bien qu’un GE républicain ne votera pas pour le duo démocrate, et vice-versa).

Vivement une petite révision du système électoral, et pas seulement chez nous… En attendant, je conserve la même vision de notre société.

Démocratie? My ass!

Mais bon, pour ne pas déraper impatiemment dans le pessimisme absolu, patientons patiemment, avec le plus de patience possible, jusqu’au dévoilement des résultats officiels du scrutin…

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